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Pendant des décennies, un retraité du secteur privé affilié à la CIMR — la Caisse interprofessionnelle marocaine de retraite — se retrouvait dans une situation fiscalement paradoxale : après avoir cotisé toute sa carrière à un régime de retraite complémentaire, sa pension restait soumise à l’impôt sur le revenu (IR) au barème progressif, parfois jusqu’à 37 %. La loi de finances 2026 (n°50-25) corrige cette anomalie en étendant l’exonération d’IR aux pensions versées par la CIMR dans le cadre des contrats collectifs d’assurance retraite.
retraités concernés
par la réforme
de gain net mensuel
pour les bénéficiaires
d’IR sur les pensions CIMR
collectives depuis le 01/01/2026
1Une réforme en deux temps : LF 2025, puis LF 2026
La LF 2025 : premier allègement sur les pensions de base
La loi de finances 2025 a posé les jalons d’une réforme de fond du régime fiscal des retraites au Maroc. Elle a accordé :
- Une réduction de 50 % de l’IR dès 2025 sur les pensions versées par les organismes de base (CNSS, CMR, RCAR).
- Une exonération totale à compter du 1er janvier 2026 pour les pensions de ces mêmes organismes.
Environ 165 000 retraités ont été directement concernés par cette première vague d’allègement, essentiellement des fonctionnaires et cadres du secteur public.
La LF 2026 : extension aux pensions CIMR complémentaires
La loi de finances 2026 franchit une étape supplémentaire en introduisant, via l’amendement de l’article 57 du Code général des impôts (CGI), l’exonération d’IR sur les pensions versées par la CIMR au titre des contrats collectifs d’assurance retraite complémentaire. Cette mesure est applicable dès le 1er janvier 2026, sans période transitoire.
C’est la première fois que les prestations d’un régime complémentaire bénéficient d’une exonération totale d’IR au Maroc — aussi bien pour la rente viagère que pour le capital versé en une fois. Cette mesure rapproche le traitement des retraités du secteur privé de celui des fonctionnaires.
2Conditions d’éligibilité à l’exonération
L’exonération ne s’applique pas automatiquement à tous les contrats CIMR. Elle est soumise à cinq conditions cumulatives, dont plusieurs méritent une attention particulière.
Contrat collectif souscrit par l’employeur
Le contrat doit impérativement être souscrit par l’employeur au profit de l’ensemble ou d’une catégorie de ses salariés. Les contrats individuels souscrits directement par le salarié auprès de la CIMR ne bénéficient pas de l’exonération à la sortie.
Gestion exclusivement par la CIMR
Le contrat doit être géré par la Caisse interprofessionnelle marocaine de retraite. Les contrats de retraite complémentaire gérés par d’autres organismes (compagnies d’assurance privées, RCAR complémentaire, CMR-ATTAKMILI) ne sont pas visés par cette exonération.
Cotisations retenues à la source et déduites (art. 28-III CGI)
Les cotisations salariales doivent avoir été retenues sur le salaire par l’employeur et déduites du revenu imposable en application de l’article 28-III du CGI. L’exonération à la sortie est le pendant logique de la déduction à l’entrée.
Plafond de déductibilité : 50 % ou 10 %
La déductibilité des cotisations est plafonnée (art. 28-III CGI, NC 737 LF 2026) :
- 50 % du salaire net imposable pour les contribuables à revenus exclusivement salariaux.
- 10 % du revenu global imposable pour les contribuables disposant de revenus mixtes.
Durée minimale de 8 ans et prestations à partir de 45 ans
Le contrat doit avoir une durée minimale de 8 ans et les prestations ne peuvent être servies qu’à partir de l’âge de 45 ans révolus. Tout versement anticipé reste soumis à l’IR au barème progressif.
Le plafond de déductibilité (50 % / 10 %) est partagé entre la CIMR collective et les contrats d’assurance retraite individuels. Un salarié qui cotise aux deux dispositifs ne peut déduire que dans la limite du plafond global.
3Périmètre de l’exonération : rente viagère ET capital
Un aspect souvent mal cerné de la réforme : l’exonération couvre à la fois la rente viagère et le capital versé en une fois à l’échéance du contrat. Cette dualité est explicitement confirmée par l’amendement de l’article 57 CGI.
La rente viagère
Lorsque le contrat prévoit un versement sous forme de rente mensuelle ou trimestrielle, la totalité des arrérages perçus est exonérée d’IR dès lors que les conditions de l’art. 28-III ont été remplies pendant la phase d’épargne.
Le capital
Lorsque l’assuré opte pour un versement en capital, la totalité du capital est exonérée d’IR. Cette disposition est particulièrement avantageuse pour les salariés ayant constitué une épargne complémentaire significative sur plusieurs décennies.
Ce qui reste imposé
- Tout versement anticipé effectué avant le départ à la retraite.
- Les pensions issues de contrats gérés par d’autres organismes que la CIMR.
- Les contrats individuels, même souscrits auprès de la CIMR.
- Les régimes complémentaires RCAR et CMR-ATTAKMILI.
4Incidence pratique pour les bénéficiaires
Gain financier direct
L’impact est immédiat et significatif. Un retraité percevant une pension CIMR mensuelle de 5 000 DH supportait auparavant un taux moyen d’IR d’environ 28 %, réduisant sa pension nette à 3 600 DH. Depuis le 1er janvier 2026, il perçoit l’intégralité des 5 000 DH, soit un gain de 1 400 DH par mois (16 800 DH par an) — une augmentation de 25 à 30 % de son revenu net de retraite.
Dispense de déclaration annuelle
Les retraités dont l’intégralité des revenus est désormais exonérée (pensions de base + CIMR) n’ont plus l’obligation de déposer une déclaration annuelle de revenu global. Cette simplification est prévue par l’article 86 du CGI.
Obligations de déclaration maintenues
Les retraités qui perçoivent, en plus de leur pension CIMR, d’autres revenus imposables (fonciers, capitaux mobiliers, honoraires…) conservent l’obligation de déposer une déclaration de revenu global. La CIMR continue par ailleurs d’appliquer la retenue à la source sur les pensions encore imposables et de déclarer l’ensemble des prestations servies à la DGI.
L’équipe DECIMAL vous accompagne sur l’ensemble des dispositifs d’optimisation de la rémunération et de la retraite collective : audit de vos contrats CIMR, structuration des avantages salariaux, conformité fiscale et sociale.
5Comparaison avec les autres dispositifs d’épargne retraite
| Critère | CIMR collectif ★ | Assurance retraite individuelle | Assurance-vie / capitalisation |
|---|---|---|---|
| Souscription | Employeur | Salarié / particulier | Salarié / particulier |
| Organisme gestionnaire | CIMR uniquement | Compagnies d’assurance agréées | Compagnies d’assurance agréées |
| Cotisations déductibles de l’IR | ✅ Oui — art. 28-III CGI | ✅ Oui — art. 28-III CGI | ❌ Non |
| Plafond de déductibilité | 50 % salaire net (salariaux) ou 10 % revenu global (mixtes) |
Même plafond — partagé, non cumulable | Aucune déduction |
| Exonération rente / capital à la retraite | ✅ Totale depuis LF 2026 | ❌ Imposable avec abattement (70 % ≤ 168 000 DH / 40 % au-delà) |
✅ Exonérée (symétrie fiscale — cotisations non déduites) |
| Versement avant la retraite | Interdit / IR dû si anticipé | Possible sous conditions / IR dû | Possible / IR dû sur plus-values |
💡 L’avantage unique de la CIMR collective
La CIMR collective est le seul dispositif au Maroc qui combine simultanément :
- Une déduction des cotisations à l’entrée (art. 28-III CGI)
- Une exonération totale d’IR à la sortie — sur la rente ET le capital (LF 2026)
Les contrats individuels offrent la même déduction à l’entrée, mais leur sortie reste imposable. L’assurance-vie capitalisation offre la sortie exonérée, mais aucun avantage à l’entrée. Seule la CIMR collective cumule les deux.
Assurance retraite individuelle (art. 28-III)
Les contrats d’assurance retraite individuelle bénéficient des mêmes conditions de déductibilité que la CIMR collective. La différence fondamentale tient au traitement fiscal à la sortie : les prestations restent soumises à l’IR, avec deux abattements forfaitaires (70 % pour la fraction ≤ 168 000 DH annuels, 40 % au-delà). L’exonération totale de la LF 2026 ne leur est pas applicable.
Assurance-vie / capitalisation pure
Ces contrats ne donnent droit à aucune déduction de cotisations. En contrepartie, le principe de symétrie fiscale du CGI s’applique : les prestations à terme sont exonérées d’IR. Ce dispositif offre une exonération à la sortie, mais sans l’avantage de la déduction à l’entrée — moins avantageux sur le cycle complet que la CIMR collective.
6Questions pratiques pour les DRH et dirigeants d’entreprise
Vérification de l’éligibilité des contrats existants
Tous les contrats CIMR collectifs ne bénéficient pas automatiquement de l’exonération. Il convient de vérifier que :
- Le contrat est bien souscrit au nom de l’entreprise (et non des salariés individuellement).
- Les cotisations salariales sont effectivement retenues à la source et déclarées en déduction du revenu imposable.
- Le contrat prévoit une durée d’au moins 8 ans et des prestations à partir de 45 ans.
- Le plafond de déduction (50 % / 10 %) est correctement calculé et appliqué sur la fiche de paie.
Opportunité de revalorisation des contrats collectifs
L’exonération à la sortie renforce significativement l’attractivité des contrats CIMR collectifs comme élément de la politique de rémunération différée. Les entreprises n’ayant pas encore instauré un contrat collectif peuvent désormais valoriser cet avantage concurrentiel dans leur politique de recrutement et de fidélisation des cadres.
Compte tenu du partage du plafond de déductibilité entre CIMR collectif et contrats individuels, il est conseillé de revoir globalement la stratégie retraite des cadres dirigeants pour optimiser l’utilisation du plafond de l’art. 28-III sur l’ensemble des dispositifs.
7FAQ — Vos questions sur l’exonération IR CIMR
Les pensions CIMR sont-elles exonérées d’IR depuis 2026 ?
Quelles sont les 5 conditions pour bénéficier de l’exonération ?
L’exonération s’applique-t-elle au capital ou seulement à la rente ?
Un contrat CIMR individuel est-il concerné par l’exonération ?
Un retraité CIMR est-il dispensé de déclaration d’IR annuelle ?
Quel est le gain financier concret pour un retraité percevant 5 000 DH/mois de CIMR ?
Conclusion : une mesure structurante pour la retraite complémentaire au Maroc
L’exonération d’IR des pensions CIMR collectives introduite par la LF 2026 comble une lacune de longue date dans l’équité de traitement entre secteurs public et privé, et confère à la CIMR collective un positionnement fiscal unique : déduction à l’entrée et exonération à la sortie, sur la rente comme sur le capital.
- Pour les entreprises : revisiter la politique de retraite collective et vérifier l’éligibilité des contrats existants.
- Pour les retraités : un gain direct et immédiat à intégrer dans la planification financière post-professionnelle.
- Pour les DRH : un levier différenciant pour la fidélisation et le recrutement des cadres.
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Article rédigé par Adil Charradi, Expert-Comptable — DECIMAL — Casablanca, Maroc · Mars 2026
Base légale : CGI marocain (art. 28-III et art. 57 amendé) · Loi de finances n°50-25 · Note Circulaire DGI n°737



